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Adopter une lutte raisonnée contre les nuisibles

Ludovic Lignier (ici avec un piège à souris multicaptures) est en charge de la lutte contre les rongeurs et de la désinsectisation des cellules chez Dijon céréales.

Dans les silos, la lutte contre les nuisibles évolue vers des méthodes plus durables. Les bonnes pratiques limitent le recours à des traitements chimiques. Elles démarrent par le diagnostic des espèces réellement présentes, puis la prévention et l’exclusion de l’entrée des nuisibles, leur surveillance continue et le choix d’un moyen de lutte adapté.

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1 Recourir à la formation

Il est loin le temps du joueur de flûte d’Hamelin qui attire les rats au son de l’instrument pour les noyer dans la rivière, comme il est loin le temps des exterminateurs qui se promenaient avec des cadavres de rongeurs autour de la ceinture. Le métier de dératiseur-désinsectiseur se structure et se transforme en même temps qu’évoluent les connaissances sur la biologie et le comportement des espèces de rongeurs et des insectes, mais aussi que se diversifient les solutions mises à disposition.

Tous ces sujets soulignent l’importance d’une formation adéquate et continue des personnes en charge de la gestion des nuisibles. Cette formation concerne à la fois les stockeurs et les sociétés de services auxquelles ils font appel. De nombreuses formations plus courtes existent à destination des chefs de silos, par exemple. Le certibiocide, valable 5 ans, est obligatoire. Un CQP « technicien en maîtrise du risque nuisible » est organisé par l’association Prosane.

2 Réaliser un diagnostic poussé

La gestion des nuisibles se construit à partir d’une analyse précise des risques. La première étape est d’identifier les nuisibles réellement présents et leurs points d’entrée : un charançon du blé n’est pas un charançon des champs, et un mulot n’est pas une souris. Les voies de contaminations doivent être identifiées, qu’il s’agisse des moyens de manutention et de transport, car toute rupture de charge est susceptible de leur ouvrir la porte, ou de l’environnement immédiat des sites. L’étude environnementale est d’autant plus importante que les populations évoluent avec le changement climatique : de nouvelles espèces invasives s’installent, certains nuisibles sont désormais actifs toute l’année, car l’hiver ne les gêne plus… Sans oublier que la règlementation réduit la liste des molécules chimiques disponibles, notamment celles à effet choc. « Le nuisible est généralement un opportuniste, il faut donc avant tout éviter de lui offrir le gîte et le couvert », résume Nicolas Chancerel, dirigeant de Serec France, spécialisé dans le contrôle des nuisibles.

3 Connaître la boîte à outils

Un bon diagnostic permet de réduire le recours aux solutions chimiques en privilégiant le « pest management ». Une fois connus précisément les espèces en cause, leur biologie ainsi que leur taux de présence (monitoring), les solutions se puisent dans une boîte à outils de plus en plus vaste. Elle comprend toujours des molécules chimiques (appâts, fumigation), mais aussi et de plus en plus des solutions non chimiques (atmosphère à moins de 2 % d’oxygène, traitement thermique des installations vides, gestion des courbes de température…), mécaniques (avec des pièges de plus en plus élaborés, connectés et dotés de caméra) et organisationnelles (vide sanitaire, nettoyage, élimination des voies d’accès, recours aux furets pour les terriers extérieurs…).

« Dans le cadre d’une vision globale du risque, il faut gérer l’équilibre écologique autour d’un site en favorisant, par exemple, l’implantation de rapaces afin d’augmenter la pression naturelle contre les rongeurs. Tout cela rentre dans la politique RSE d’une entreprise », rappelle Marc Pondaven, président exécutif du groupe Neoviz.

4 Explorer les moyens non chimiques

Privilégier des moyens non chimiques est déjà inscrit dans la règlementation. Ainsi, les AMM pour les rodenticides mentionnent désormais qu’ils ne doivent être utilisés qu’en curatif et non plus en préventif. L’alternance des molécules pour réduire l’occurrence de populations résistantes, notamment aux anticoagulants, est également une mesure de bon sens.

Si la première tendance est souvent d’installer des pièges à appâts contre les rongeurs, l’innovation propose d’autres méthodes comme les pièges connectés mécaniques dotés de caméra qui permettent d’alerter le responsable du silo lors d’une capture pour sortir au plus vite l’animal mort du site afin de conserver l’opérationnalité des méthodes utilisées. La protection d’un site contre les pigeons peut associer l’installation de filets et l’incitation au nichage des faucons qui vont les effaroucher.

5 Évaluer les actions

À l’instar des pratiques en culture, l’utilisation de tout moyen de lutte doit être proportionnée au problème clairement identifié, ciblée puis contrôlée. Si l’expertise préalable est essentielle pour assurer l’efficacité des mesures de gestion, il faut aussi inclure l’impact sur l’environnement ainsi que la traçabilité des actions et des molécules éventuellement utilisées. Passer d’une lutte « coup de poing » souvent insuffisante, voire contreproductive, à une réelle stratégie de « management » des nuisibles nécessite une continuité des actions, dont une formation continue des équipes.

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